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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 10:00

insurrections singulieresC'est la rentrée littéraire de janvier !

Un peu de lecture pour digérer le foie gras, ça ne peut pas faire de mal...

Nous commençons donc 2011 avec le nouveau livre de Jeanne Benameur, Les insurrections singulières. Elle  a écrit ce roman après avoir rencontré des ouvriers d'Arcelor-Mittal. En apprenant que le groupe investissait et délocalisait au Brésil à Monlevade, ville dont le nom provient de Jean de Monlevade (un Français parti au Brésil au 18ème siècle, père fondateur de la sidérurgie au Brésil ! ), elle a imaginé le parcours d'un ouvrier, Antoine, dont l'usine est délocalisée au Brésil et qui décide de partir là-bas.

Antoine a un parcours atypique. Fils d'ouvrier, fier de l'être mais qui a espéré que ses enfants feraient autre chose, il a fini par devenir ouvrier dans la même usine que son père, après des études sans intérêt.

Le problème, c'est qu'Antoine ne sait pas vraiment où est sa place.

Il tombe amoureux fou de Karima, jeune prof qui voit en lui un symbole de la cause ouvrière en péril. Grisé, il se complaira dans ce rôle au point de faire partie des ouvriers les plus virulents quand l'usine commencera à être délocalisée,  même s'il ne croit pas vraiment au discours syndicaliste...

 

"Et encore, ils ne savaient pas que je m'étais approché aussi de quelques groupes de gars décidés à en découdre, l'ultragauche. Leur côté risque-tout m'avait attiré. J'avais assisté à des réunions, la nuit, dans une ancienne fabrique promise à la démolition. Ah, l'atmosphère de mystère ! J'avais l'impression qu'on jouait aux gendarmes et aux voleurs.(...) J'aimais la part de risque qu'ils étaient prêts à prendre mais c'est dans leurs discours que je ne me retrouvais pas. Ils parlaient eux aussi avec des phrases toutes faites qui assénaient des vérités. Ils étaient sûrs de chaque mot.

Moi j'avais besoin de gens qui cherchent, pas de ceux qui ont l'air d'avoir déjà tout trouvé. Les phrases bien rodées me faisaient tourner les talons. Je ne pouvais pas plus faire groupe avec eux qu'avec les syndicalistes de Lusine. Rien à faire. Je me sentais seul."

 

Karima et lui se séparent, Antoine retourne vivre chez ses parents.

Finalement, son rêve, c'est de partir... Il plaque tout, accompagné par Marcel, un vieil ami de ses parents, bouquiniste, et tous les deux partent au Brésil, pour rencontrer les ouvriers de l'autre côté...

      

"Je voudrais prendre le temps de demander à tous ceux que j'ai vus ici "C'était quoi votre rêve quand vous étiez mômes ?" Juste pour savoir. Pour entendre de belles choses. parce qu je suis sûr que des rêves, ils en avaient. Il n'y a pas que moi, bon Dieu. C'est pas parce qu'on fait tous les jours des gestes simples, toujours les mêmes, que dans la tête il ne se passe pas des choses complexes. Les rêves c'est complexe. Ça vous envoit là où vous ne devriez jamais mettre les pieds. Les ouvriers, on a tort de croire qu'ils ne rêvent que du dernier écran de télé ou du barbecue sur la terrasse du pavillon. J'ai côtoyé ici des gens qui avaient des rêves de fou, ils n'en parlaient pas, c'est tout. J'en suis sûr." 

 

Des sentiments, des émotions, ce livre en est plein mais Jeanne Benameur a évité l'écueil de tomber dans les bons sentiments, dans l'imagerie d'Épinal du monde ouvrier.

Le personnage d'Antoine peut sembler agaçant dans ses hésitations mais il montre bien la difficulté de cette génération d'enfants d'ouvriers qui peine à trouver sa place entre un monde qui disparaît et une nouvelle société complètement inhumaine... 

  

-> Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, Actes Sud, 18€.  

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Published by Les libraires du Parc - dans Littérature
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Ladislas 13/01/2011 20:05


La lecture de ce roman de Jeanne Benameur me laisse quelque peu sceptique.
Il y a de très belles pages (les scènes entre Marcel et Antoine notamment) mais après un début qui m'avait emballé, je me suis enlisé dans les questionnements sans fins et quelques peu répétitifs
de notre narrateur. Cela m'a fait l'effet d'un soufflé qui retombe trop vite, même l'arrivée au Brésil ne change rien à l'affaire.
Un roman que j'ai (mais ce n'est qu'un avis)trouvé en demi-teinte, pas mauvais car l'écriture est belle, pleine d'émotion mais dans six mois que m'en restera-t-il ?


CHALOT 09/01/2011 19:18


S'assumer et ne pas subir !

Qui n'a jamais rêvé enfant de partir loin, très loin ?
L'adolescent ou le jeune adulte essaye parfois de fuir, mais pris par l'environnement, il reste pour essayer de se construire une existence.
Antoine n'est ni un intellectuel , ni un ouvrier comme son père. Il se cherche désespérément .
Une rupture du couple, rupture qu'il n'a pas voulu et qu'il subit, le renvoie à s'interroger sur lui-même, sur son avenir, sur la fermeture inéluctable de l'usine où il a suivi, bien malgré
lui-semble -t-il- les traces de son père.
Il formule des propositions, pas dans le cadre pré-établi d'un programme ou d'une plateforme toute faite mais avec ses tripes et sa rage.
Pourquoi est-il allé à l'usine?
Pourquoi Karima est-elle partie?
Sa soif de savoir, de se connaître, de se réaliser est très forte, cette recherche quelque peu bouillonne découle de ses questionnements personnels :
« J'ai eu beau toute ma vie essayer. Rien à faire. Il y a quelque chose qui « ne colle pas » entre moi et le monde, moi et ce que je vis Et je ne sais pas ce que c'est. Je suis à
côté. Toujours à côté. »
Le temps de l'indécision, de l'hésitation et de la réflexion n'est pas un temps mort inutile.
C'est ce lui expliquera le « vieux » Marcel :
« Oui, ça fait peur, le temps mort. Pourtant c'est dans ce temps-là, où en apparence il ne se passe rien, que tant de choses en nous se ramassent, pour prendre forme... »

Un jour, Antoine fait le saut vers l'inconnu, il part là bas au Brésil pour rencontrer les ouvriers qui « profitent » de la délocalisation de la production...
Qui sont-ils vraiment ?

Les phrases s'enchaînent facilement dans le récit ou plutôt « l'autobiographie » d'Antoine .
Alors que d'habitude j'aime bien quitter les personnages quelques instants, voire même quelques jours, là, je n'ai pas pu attendre. Pris dans les filets de l'auteure, aspiré par l'histoire mais
surtout captivé par ces révolutions intérieures , j'ai lu ce roman d'une seule traite.

Jean-François Chalot


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