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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 09:00

Nina Simone romanÀ travers le regard de Ricardo, engagé par  Nina Simone pour lui servir d'homme à tout faire, Gilles Leroy revient sur les dernières années de la célèbre chanteuse.

Le succès et la gloire sont maintenant bien loin : nous sommes probablement dans les années 90 et Nina finit ses jours dans le sud de la France.

Son portrait n'est pas forcément très flatteur : entre l'alcool et les médicaments (pour calmer ses troubles bipolaires), Nina a un langage des plus châtié et se dispute sempiternellement avec les différents hommes qui gèrent sa carrière...

Le récit effectue des retours en arrière sur l'ensemble de sa carrière quand elle entreprend de raconter quelques souvenirs à Ricardo, jusqu'à l'issue fatale quand elle décède en 2003.

 

Nina Simone, roman clôt la trilogie américaine, série entreprise par Gilles Leroy, qui compte Zola Jackson et Alabama Song, auquel Leroy fait un clin d'oeil quand Nina évoque le souvenir d'une rencontre avec Zelda Fitzgerald.

Le roman mélange éléments réels et fictionnels, et c'est ce qui rend sa lecture intéressante et assez troublante...

 

«Pardon d'insister, mais que reprochez-vous au jazz ?

N. S. - Si je lui reproche une chose, c'est d'être un concept de blanc. Pour la plupart des Blancs, jazz égale Noir, et Noir égale crade. C'est pour ça que je n'aime pas ce mot, et Duke Ellington ne l'aimait pas non plus. C'est un terme qui sert à juste à identifier les Noirs, à les stigmatiser.

 

Comment expliquez-vous alors que les Blancs eux-mêmes aient versé dans le jazz ? Que des jazzmen blancs soient salués dans le monde entier ?

N. S. - Je ne me l'explique pas car c'est juste de la connerie ! Seuls les Noirs peuvent en faire. Certains Blancs parviennent à nous imiter pas trop mal. Mais ça reste ennuyeux et plat comme une copie. L'exception c'est Debussy, le premier musicien blanc qui ait écouté le jazz et l'ait assimilé dans sa musique. Je dis bien assimiler, pas édulcorer, pas chercher à faire cet affreux jazz d'ascenseur qu'on entendra par la suite. Debussy et moi, on a fait la même chose, mais en sens inverse. Ce génie avait compris qu'on est incapable de faire de jazz si on n'a pas eu au moins un grand-parent esclave. Que c'est sans espoir. Que c'est même assez prétentieux, si on y réfléchit. Regardez ce pauvre Woody Allen, qui se couvre de ridicule avec sa clarinette astiquée par la bonne.»

Extrait pages 77-78.

 

-> Nina Simone, roman ; Gilles Leroy, Le Mercure de France, 18.50€.

 

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Published by Valérie Simonnot - dans Littérature
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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 09:00

amos oz1Le grand écrivain qu'est Amos Oz nous revient avec un recueil de nouvelles sur le fil, oscillant constamment entre humour et désespoir.

Nous sommes dans les années cinquante, au kibboutz Yikhat et ces "chapitres" nous présentent successivement les habitants de l'endroit : Nahum Asherov, le père interloqué et hésitant, David Dagan, le pilier sûr de lui et inamovible, Yoav Carni, premier enfant du kibboutz et l'intégrité personnifiée, et tant d'autres. Chaque personnage amène sa touche au tableau peint par Amos Oz. Celui-ci réussit ainsi à nous faire ressentir une atmosphère, une ambiance qui je pense n'existent nulle part ailleurs. Les individus forment le tout.

Les nouvelles se finissent dans l'attente, les personnages sont souvent hésitants, souvent écrasés par les lois du kibboutz, n'osant jamais les enfreindre. Mais conscients de cette empreinte qui marque leur destin, ils trouvent chacun leur façon de s'en accommoder. Nulle dénonciation de la part d'Amos Oz mais pas d'acceptation non plus. Le constat pourrait être glaçant, comme dans cette nouvelle Le petit garçon : un père est forcé de ramener au dortoir collectif son fils qui sert de tête de turc à tous ses camarades. Mais la tendresse de l'auteur pour cet endroit affleure, comme s'il ne pouvait se résigner à rejeter en bloc ce mode vie. On pense à Isaac Bashevic Singer dans cette façon de considérer ses personnages : moqueur mais affectueux.

Un magnifique recueil, qui pourrait être appelé roman, qui laisse le choix au lecteur...

 

«Yoav appréciait ces patrouilles nocturnes qui rompaient la routine du quotidien : les discussions des comités du kibboutz, les requêtes et doléances de ses membres. Quand il ne recueillait pas les confidences d'hommes et de femmes beaucoup plus âgés que lui, il devait régler des problèmes sociaux délicats par des solutions avisées, affronter des casse-têtes budgétaires, gérer les relations avec l'extérieur ainsi que la représentation du kibboutz dans les différentes institutions du mouvement. Ces nuits-là, en revanche, il déambulait seul au milieu des resserres et des poulaillers, longeait la clôture éclairée par des projecteurs jaunes et prenait le temps de réfléchir, assis sur une caisse retournée devant la ferronnerie. Ses pensées tournaient autour de Dana sa femme, allongée dans le noir avec la radio allumée en attendant le sommeil, et des jumeaux endormis dans la maison des enfants.

Extrait page 95.

 

-> Entre amis, Amos Oz, Gallimard, 17.50€

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Published by Marion Revoyre - dans Littérature
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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 09:00

roma romanLes mots  semblent avoir perdu la mémoire. Comme s’ils  balbutiaient pour retrouver  le fil de leur histoire. Roma…Roman.

Sensation d’une vie déjà vécue,  émergence du souvenir, après ce coup de fil qui  la convoque à  Rome pour célébrer le film dont elle fut l’icône, Ariane ne sait plus.

Vingt ans plus tard, lasse de la vaine pavane des corps, la starlette endiablée devenue « analyste des âmes » se décide pourtant à retrouver sous les feux déclinants de la cité antique  les  hommes qui ont façonné sa légende.

Adrien, réalisateur de «  Ciné Roman » - un incunable du septième art- et Jim, son partenaire et ex –amant,  vont se livrer sous ses yeux à une dérisoire confrontation,  mesurant à quel point, parfois à leur insu,   « ils s’étaient tant aimés ».

Si le récit des retrouvailles est d’abord dévoilé par le prisme d’une femme de quarante ans fouillant les strates de son passé, il est repris par chaque personnage qui lui imprime sa vision. Des monologues orchestrés par une voix venue d’ailleurs, dont le vouvoiement résonne  comme une incantation.  Sous l’ effet du « vous », nous pénétrons dans la division du sujet, possédés par cette voix intérieure particulière à chaque être, dont les  périodes  de la phrase épousent  la scansion.

C’est sans doute l’écho de la parole d’Ariane qui demeure lorsqu’on a refermé le livre. Comme Rome, dont elle retrouve les sentes et qu’elle arpente de sa démarche dissonante, Ariane se réapproprie sa légende. Elle seule  tire  les fils du récit et déjoue les ruses du temps.  Avec sa beauté distante et quiète, Ariane possède ce rapport au monde, ce regard pacifié, parfois posé comme une absolution,  que lui confère le voisinage de l’inconscient.

Adrien se débattant entre son intellectualisme décadent et ses rudesses de classe, tandis que Jim se projette dans l’écriture d’un possible roman.      

Rejoignent le trio d’autres personnages qui brouillent les pistes, adjuvants d’une narratologie très maîtrisée. Marco, jeune italien «  caravagesque » et Mélanie, actrice du nouveau film d’Adrien,  se croisent parmi les festivités commémoratives, sous la lumière « orangée » de la Villa M et des vestiges de la cité romaine.  

Sous l’égide du cinéma, de ses plus grands noms, le roman foisonne de références à un passé chargé d’histoire. 

Dans la lignée d’un illustre héritage et sur les traces du  « temps retrouvé »,  Philippe de la Genardière s’attaque ici à l’expérience  de la confrontation avec un passé revisité,  suscitant chez le lecteur l’illusion d’une mémoire textuelle qui traverserait son œuvre ; pour qui a déjà lu son précédent récit  (« l’année de l’éclipse »),  le trouble est immense.

Désorienté par la récurrence des fantasmes, dérouté quelquefois par  l’image idéale de la femme, perdu dans les méandres  d’une ville mythique,  le lecteur flotte entre les lignes d’une fiction qu’il croit avoir déjà lue, mélangeant les personnages, l’écrivain, l’artiste,  le/ la  psy, comme fragmentations probables de l’ auteur/ narrateur.

Cette virtuosité d’une écriture dont le sensualisme nous emporte au -delà de la conscience et du temps constitue probablement la prouesse de l’ oeuvre.   

 

-> Roma / Roman, Philippe de la Génardière, Actes Sud, 21.80€.

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Published by Magali Dellaporta - dans Littérature
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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 09:00

Suite à un accidentSuite à un accident grave de voyageur... Une phrase que nous avons tous entendu au moins une fois, parisiens ou banlieusards, en prenant les transports en commun.

Suite à une vague de suicides sur sa ligne de RER, Éric Fottorino s'interroge sur ces personnes qui ont mis fin à leurs jours : un vieillard malade, un homme à l'identité restée inconnue et une jeune mère de famille...

Ces accidents sont souvent tus dans les médias, pourtant pas avares de faits divers, ou sont alors considérés par les voyageurs comme une perte de temps. La pritorité est de rétablir le trafic, on envisage même de ne plus faire intervenir un médecin légiste, cause principale du retard. Car finalement, à quoi bon se préoccuper d'un cadavre : il n'y a rien à sauver.

Il s'interroge alors sur la place faite au suicide dans notre société : la mort, le suicide,  derniers tabous, qui vont peut-être disparaître, au nom d'une «efficacité» encore plus accrue.

La vie n'attends pas, mais, finalement que peut-on attendre d'une société qui fait une croix sur les plus faibles ?

Un très court texte, une soixantaine de pages, qui se veut un appel pour justement ne pas oublier ces oubliés et ne pas nous cacher derrière nos préoccupations du quotidien...

 

«L'échelle des priorités s'imposait dans sa crudité, dans sa cruauté. Le suicide sur les voies n'est pas une vie perdue. C'est du temps perdu. L'existence de tous est contrariée par la défaillance d'un seul. Des retards. Des arrêts inopinés. Des trains qui n'arriveront pas à l'heure. Il faut aller vite. S'assurer que le trafic peut être rétabli. En suggérant d'écarter le légiste, on réduit cette mort-là au fauchage d'un chevreuil. La mort est passée, la vie est pressée

Extrait page 26.

 

-> Suite à un accident grave de voyageur, Éric Fottorino, Gallimard, 8.20€.

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Published by Valérie Simonnot - dans Littérature
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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 14:04

chapeau de MIls viennent tout juste de sortir en poche : nous les aimions en grand format, nous vous les conseillons à nouveau !

Le chapeau de Mitterrand d'Antoine Laurain : un livre plein d'humour !

-> Éditions J'ai lu, 6.50€.

voodoo landVoodoo Land de Nick Stone : à l'occasion de la sortie du nouveau roman de Nick Stone, Cuba Libre, découvrez le volet précédent des enquêtes de Max Mingus.

-> Folio, 8.60€.

rien ne s'oppose à la nuitRien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan : un roman autobiographique et bouleversant qui ne peut pas laisser de marbre...

«Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui, je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence

 -> Livre de poche, 7.60€.

la garçonneLa garçonne de Victor Margueritte est une belle surprise. Longtemps épuisé, ce roman fut censuré à l'époque de sa publication (en 1922) puisqu'il mettait en scène la vie de Monique Lerbier, jeune femme émancipée, qui décide de vivre en dehors des conventions, suite à une déception amoureuse. Le roman fit scandale et valut à son auteur d'être radié de la légion d'honneur. J'avais découvert et apprécié ce roman durant mes années d'étude, et je suis ravie que l'éditeur ait décidé de rééditer ce titre.

-> Payot, 8.65€.

Et tout ça pour un total de moins de 35€ !

 

 

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Published by Les libraires du Parc - dans Littérature
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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 10:00

La Déesse des petites victoiresCe premier roman nous raconte la vie du mathématicien Kurt Gödel à travers les yeux de sa femme Adèle.

Je connaissais vaguement le  nom de Gödel. Auteur du théorème de l'incomplétude, il a prouvé que certaines vérités scientifiques n'étaient pas démontrables, mais je résume à grands traits,  je vous renvois à Wikipedia pour de plus amples détails...

Tout commence donc avec Anna, documentaliste à l'université de Princeton. Elle est chargée de convaincre Adèle Gödel, la veuve du célèbre mathématicien, de léguer à la bibliothèque du prestigieux établissement toutes les archives de son mari. Mais la tâche ne sera pas facile car madame Gödel passe pour être une vieille mégère ayant une dent contre l'établissement où enseigna son mari. 

Au fur et à mesure de ses visites à l'hôpital où séjourne la vieille dame, après des débuts houleux, Anna va tomber sous le charme de cette femme au caractère plutôt bien trempé.

Cette dernière finira par trouver en Anna la confidente de sa vie, entièrement passée dans l'ombre de son mari.

Mais sans Adèle, Kurt Gödel n'était rien. Sa tendance à la paranoïa et à la dépression empirant au fil des années, seule Adèle réussit à lui garantir un certain équilibre mental, en se chargeant de tous les détails de la vie quotidienne que son mari est absolument incapable de gérer.  

L'Histoire s'invite dans les récits de la vieille dame : la vie à Vienne, la seconde guerre mondiale, la fuite aux USA où Gödel sera invité à Princeton, le maccarthysme...

Le lecteur rencontre certains membres éminents de cette intelligentsia qui séjournait à Princeton, notamment Albert Einstein. Lui et Gödel avaient des caractères diamétralement opposés. Autant Gödel est réservé et maniaque, autant Einstein est foutraque et rebelle. Pourtant, cela ne les empêchera pas d'être d'excellents amis. 

Passionnée de mathématiques, Yannick Graennec réussit aussi à instiller quelques allusions à certaines avancées mathématiques de cette époque, à l'origine de progrès technologique dont nous bénéficions encore aujourd'hui.

Mais la plus grande qualité de cette ouvrage, c'est qu'une fois que vous l'avez commencé, il est impossible de s'en détacher, qualité assez rare dans un premier roman. 

 

« - (...) Moi, j'ai été jugée toute ma vie. Incapable, stupide, vulgaire. Jamais à la hauteur. J'ai pleuré, tapé du pied contre toutes ces portes closes, mais je suis restée "l'Autrichienne". Princeton n'était pas un monde pour moi. Un jour, j'ai dit "Scheisse !" J'ai planté un flamant rose au beau milieu du jardin. Vous imaginez les commentaires ? Un flamant rose chez Kurt Gödel... Sa mère en a avalé son rang de perles. Ça m'a fait un bien fou. J'aime les comédies musicales. Les chansons d'amour. La peinture avec de jolies couleurs. Je ne lis pas... Et je vous emmerde ! comme disent justement ces foutus Français. Si vous voulez voir des films déprimants ou boire un petit verre avant le coucher du soleil, Anna, libre à vous. Ce qui compte, c'est la joie. La joie ! » 

Extrait page 73. 

-> La Déesse des petites victoires, Yannick Graennec, éditions Anne Carrière, 22€.

 

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Published by Valérie Simonnot - dans Littérature
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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 10:00

boulouque.JPGIl est des textes dont on sent que les auteurs les ont portés, longuement. Ils les ont polis, affûtés, pour qu'enfin nous puissions les lire dans toute leur perfection. Je n'emporte rien du monde me semble faire partie de ceux-ci : dans ce petit récit d'une centaine de pages, Clémence Boulouque livre son compagnonnage avec ses disparus, et plus précisément, avec cette amie, Julie, rencontrée au lycée, et qui a mis fin à ses jours. Son père puis son amie, rassemblés par ce geste, définitif.

Clémence Boulouque sculpte ses phrases, toute en pudeur. Elle explore, analyse, avec une douceur et une justesse qui ne peut que nous lier à son texte, à sa peine. Pas de réponse ni de solution, juste un sentiment.

 

«À chaque adolescent qui voudrait s'arracher à la vie, j'aimerais murmurer que tout ira bien, que rien n'est si grave, au fond. Que la réussite n'est rien qu'une façon plus ou moins habile de déguiser les incessants échecs d'une vie. Sur des cahiers, les ratures sont jolies, elles donnent au texte une force, un rythme, une ondulation. Une pause

Extrait page 61.

 

->Je n'emporte rien du monde, Clémence Boulouque, Ed. Gallimard, 8.90€.

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 10:00

Différente"Martin a des préférences sexuelles pour le moins inhabituelles : il est éperdument attiré par les femmes aux membres amputés ou manquants. Et quand il rencontre enfin Paula, c'est le coup de foudre."

 

Voici la première phrase de la quatrième de couverture. Et je me suis dis : "Pourquoi pas ? Je vais peut-être pouvoir proposer ce livre aux déçus de Cinquante nuances de Grey ?" Et me voilà embarquée dans un jubilatoire conte de fée à la Despentes. Le style est enlevé, les personnages sont hauts en couleur (l'auteur ayant peut-être une petite préférence pour les personnages féminins : l'homme de l'histoire peut sembler quelquefois falot). Bref, ce livre est un vrai plaisir de bout en bout. Pour ce qui est de l'histoire c'est un triangle amoureux : Martin rencontre grâce à un site de rencontres, Paula, qu'il présente à sa meilleure amie, Léo, lesbienne coureuse de jupons. Et ce qui devait arriver arriva. Et pour une fois, la quatrième de couverture est dans le vrai, je lui laisserai le mot de conclusion : "Sans jamais tomber dans le cliché ni dans l'artifice du sensationnalisme, elle [Sara Lovestam] signe ici un premier roman osé et exquis." 

 

« - Je ne te poserai pas de questions. De toute façon, dès qu'on fait preuve de la moindre ouverture d'esprit, c'est le scandale. Alors surtout, restons sur nos gardes. Ne soyons pas curieux du monde. Et ne prenons pas trop goût à la vie, pendant qu'on y est. Ceci dit, je me demande si tu as enfin pu donner libre cours à tes pulsions hormonales... Ou si ça coince encore.

  Il aspire bruyamment une gorgée de son chocolat chaud. Il meurt d'envie de lui raconter les dernières nouvelles mais ça ne plairait pas à Paula et, désormais, il lui appartient corps et âme. N'obtenant pas de réponse, Léo continue tout haut ses méditations.

  - Où est-ce que ça coince, d'ailleurs ? Une femme normale serrerait les jambes, mais elle ? Elle te donne des coups de moignon ? D'ailleurs, ce n'est pas forcément un signe d'hostilité... Il arrive que les nanas soient tellement choquées quand elles sont sur le point d'avoir un orgasme, qu'elles se braquent. Elles ont peur que quelque chose leur échappe. Quelque chose d'agréable, par exemple. Enfin, je le dis parce que ça coince avec la tienne. N'est-ce pas ? Cligne deux fois de l'oeil si vous l'avez fait.

  Elle lui décoche un sourire malicieux. Amusé, il la regarde prendre une lampée de café latte. Puis, presque imperceptiblement, il lui fait deux clins d'oeil rapides comme l'éclair

Extrait page 103.

 

-> Sara Lovestam, Différente, Actes Sud, 22€.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 10:00

dans l'ombre de la lumièreClaude Pujade-Renaud nous revient deux ans après son magnifique roman, Les femmes du braconnier. Cette spécialiste de la biographie en creux se frotte cette fois-ci à Saint Augustin. Elle utilise pour cela les mots de la maîtresse répudiée, de la mère du fils disparu du grand homme.

Le livre s'ouvre quelques années après cette rupture, après ce choix du renoncement à tout ce qui avait porté Augustinus pendant ses années de jeunesse, après l'entrée en catholicisme. C'est une femme brisée qui suit de loin la vie de son ancien amour, ses succès, sa réputation grandissante.

Et comme dans Les femmes du braconnier, la vie de l'esprit n'est qu'évoquée. 

Telle une ombre chinoise, elle n'apparaît qu'en opposition au quotidien, au trivial de la vie de tous les jours. Augustinus a fait ce choix, il s'est exilé dans les sphères de l'esprit, laissant cette femme se débattre dans la boue.

Mais, passé le premier désespoir, Elissa la revendique, cette boue, cette réalité immédiate de la chair, des sensations.

En cette époque troublée, agitée d'invasions, de conversions et d'intolérance religieuse, Elissa se souvient, observe et ressent.

Je n'irai pas plus loin dans l'analyse, je préfère vous laisser découvrir ce roman magnifique afin que vous découvriez vous même tout ce qui se cache derrière.

 

«Parfois, un songe te secouait au point de me réveiller. J'écoutais cette brève tempête. Tu t'agitais, criais, ou riais, mais tu demeurais pris dans la nasse du sommeil. Je n'avais pas envie de me rendormir, j'écoutais le ressac de ton rêve se prolonger en moi.

  Oui, la nuit je t'ai entendu râler, aboyer, éructer, geindre, hurler, bramer. Toi, l'homme passionnément épris du langage, tu rêvais animal

Extrait page 27.

 

->Claude Pujade-Renaud, Dans l'ombre de la lumière, Actes Sud, 21.80€

-> Voir le livre sur le site de l'éditeur

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 10:00

270-f2Nous les avons aimés, nous les aimons encore et ils sont sortis en poche !

Si vous aimez l'aventure, les histoires qui vous font voyager, Les mille automnes de Jacob de Zoet vous ravira.

Les romans policiers La tristesse du samouraï et L'homme de Lewis ont ceci en commun que le passé a une grande importance sur l'histoire racontée, et aussi qu'ils sont tout aussi efficaces l'un comme l'autre.

9782330014506Hymne au savoir et à l'humilité, Stoner raconte la vie d'un homme «tout simplement...»

Roman cosmique, Instructions pour sauver le monde ne vous laissera pas indifférent...

Roman social, Les insurrections singulières de Jeanne Benameur trouvent écho dans notre actualité. Être ou en pas être ouvrier...

Total du panier : 51.70 € !

9782752906267-412ecOn voulait aussi insister sur un autre titre : Alamut de Vladimir Bartol. Ce roman vient juste d'être retraduit, après avoir été longtemps indisponible.

Alamut est le nom de la citadelle retranchée où vivait la secte des Assassins, dirigée par le Vieux de la Montagne, surnom d'Hassan Ibn Sabbâh. Cette secte religieuse sévit en Iran au XIème siècle. Elle était composée de tueurs qui n'hésitaient pas à sacrifier leur vie. Le roman explique comment leur chef laissait entrevoir le paradis à ses adeptes pour les faire devenir des tueurs sans merci...

Nous n'avons pas testé la nouvelle traduction mais Alamut est un classique de la littérature dont il serait dommage de se passer !

-> Les mille automnes de Jacob de Zoet, David Mitchell, Points Seuil, 8.90€.

Lien vers le site de l'éditeur (où vous pouvez lire le premier chapitre du livre).

-> La tristesse du samouraï, Victor del Arbol, Babel, 8.70€.

-> L'homme de Lewis, Peter May, Babel, 8.50€.

-> Stoner, John Williams, J'ai Lu, 7.60€. 

-> Instructions pour sauver le monde, Rosa Montero, Métailié Suites, 10€. 

-> Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, Babel, 8€.

-> Alamut, Vladimir Bartol, Phébus Libretto, 13.80€.

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Découvrez l'actualité de la librairie du Parc / Actes Sud : nos coups de coeur , nos dédicaces...
Vous trouverez de tout (et surtout votre bonheur!) à la librairie du Parc, et pas uniquement les livres des éditions Actes Sud. Ici on aime la littérature, les livres pour enfants, la bande-dessinée, les sciences-humaines... Bref, tout ce qui est beau et bien écrit ! Venez découvrir notre quotidien !
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 Orphelins de Dieu

Orphelins de DieuMarc Biancarelli, Actes Sud, 20€