Le quotidien de la librairie du Parc / Actes Sud à Paris : ses coups de coeurs, son actualité... dans la Grande Halle de la Villette.
En ce moment, je suis plongée dans le dernier
Philip Roth, Exit le fantôme (Gallimard).
Je vous en livre un extrait : Son héros Zuckerman, après une retraite de plusieurs année à la campagne dans le Massachussets, redécouvre la ville de New York...
"Qu'est-ce qui m'étonna le plus pendant ces premiers jours passés à arpenter la ville ? La chose la plus évidente : les téléphones portables. (...)Je me rappelais un New York où les seules
personnes qu'on voyait remonter Broadway en se parlant toutes seules étaient les fous. Qu'est-ce qui s'était passé depuis dix ans pour qu'il y ait soudain tant à dire - à dire de si urgent que ça
ne pouvait pas attendre ? (...) Moi qui pouvait souvent passer plusieurs jours de suite sans parler à personne, je ne pouvais que me demander de quel ordre était ce qui s'était effondré, qui
jusque-là tenait fermement les gens, pour qu'ils préfèrent être au téléphone en permanence plutôt que de se promener à l'abri de toute surveillance, seuls un moment, à absorber les rues par tous
leurs sens et à penser aux millions de choses que vous inspirent les activités d'une ville. Pour moi, cela donnait aux rues une allure comique, et aux gens une allure ridicule. Mais cela avait
aussi quelque chose de tragique. Eradiquer l'expérience de la séparation ne pouvait manquer d'avoir un effet dramatique. (...)Que l'immense sentiment de solitude des êtres humains produise ce
désir lancinant, inépuisable, de se faire entendre, en se moquant complètement que les autres puissent surpendre vos conversations (...), tout cela me frappait par son côté étalage au grand
jour."