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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 10:05

"Des angoisses plus profondes agitaient Florence, et plusieurs fois, durant le voyage depuis Oxford, elle s'était sentie sur le point de prendre son courage à deux mains et d'exprimer ses craintes. Mais ce qui la troublait était inexprimable, et elle pouvait à peine se le représenter. Contrairement à Edward, qui n'éprouvait rien d'autre que le trac de tout jeune marié avant sa nuit de noces, elle était habitée par une terreur viscérale, par un dégoût incoercible, aussi palpable que le mal de mer. La plupart du temps, durant tous ces mois de joyeux préparatifs, elle avait réussi à ignorer cette tache sur son bonheur, mais dès que lui venait la pensée d'une étreinte - elle ne tolérait aucun autre terme - , son estomac se nouait, une nausée la prenait à la gorge. Dans un petit guide moderne et optimiste, qui était censé rassurer les jeunes mariées par son ton enjoué, ses points d'exclamation et ses illustrations numérotées, elle était tombée sur tel ou telle expression qui lui donnait un haut-le-coeur : muqueuse vaginale, ou bien ce sinistre gland luisant. Certaines images insultaient son intelligence, surtout celle de l'entrée dans le corps féminin : "Peu avant qu'il n'entre en elle..." ou : "Enfin, il entre en elle", ou encore : "Heureusement, dès qu'il est entré en elle..." Serait-elle donc obligée, le moment venu, de se transformer pour Edward en une sorte de portail ou d'antichambre qu'il puisse franchir ? Presque aussi fréquemment revenait ce mot qui n'était synonyme pour elle que de souffrance, de chairs tranchées par une lame : pénétration."

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 10:00
Voici ce que dit Marie-Aude Murail (auteur, entre autres, de l'inoubliable Miss Charity) sur les bienfaits de la lecture pour les enfants :

" La fréquentation précoce des livres offre à l'enfant des modèles et des références [...] qui l'aident à comprendre le monde et à en surmonter les difficultés... Et puis, à force de fréquenter les fées, les ogres, les fantômes et les animaux qui parlent, il apprend à faire la différence entre le réel et l'imaginaire. Plus on est tôt imprégné de culture populaire et enfantine, plus on a d'épaisseur d'imaginaire, moins on sera perméable aux faux enchantements, que ce soit ceux des politiciens fascinants ou des gourous sectaires. Avoir la tête dans les étoiles à trois ans, c'est avoir les pieds sur terre à vingt ans."


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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 10:15

Voici un extrait du livre de Tatiana Arfel, L'attente du soir (éditions José Corti), j'espère qu'il vous donnera envie de le lire...

"Naturellement, comme je l'ai dit, je n'ai pas eu d'enfant, et je souffrais beaucoup d'être le dernier point d'une lignée qui butait sur moi comme sur une pierre stérile. Il est bon d'avoir avant, après vous, comme au long d'une cordelette d'argent, des êtres qui vous préparent et vous continuent. Sans quoi, vous êtes simplement rejeté hors du temps, comme une unité sans lien, une branche qui ne portera jamais de bourgeon : vous êtes une monstrueuse impasse. On aura, je l'espère, bien compris que je ne parle pas de filiation biologique, cette imposture, mais de la vraie filiation, celle du coeur et de la poésie. (...) Quand j'ai vu pour la première fois les peintures de l'enfant, j'ai pensé : avant lui, rien. Après sûrement, il y aura des rameaux. (...) J'ai voulu réunir le vieil arbre sans fruits et la jeune pousse sans racines. Qu'on pardonne la faiblesse de mes comparaisons, mon sentiment est difficile à expliquer, mais il tient, pour résumer, en ceci : l'enfant et moi étions chacun les morceaux d'un pont démoli, ce pont, il fallait le reconstituer pour que la poésie traverse et que le spectacle continue. (...) Il y a une autre raison. je l'ai vu dans les peintures de l'enfant, dans son corps roulé à même le sol, (...) dans sa solitude et dans son éloignement du monde : il n'a jamais plié. Ne pas plier, rester debout, travailler avec intégrité, chercher à être juste, accordé à soi : c'est ce que m'ont enseigné mes parents, qui ont réussi par leur vie nomade à éviter la plupart des compromis du monde. (...) Je voulais m'approcher de l'enfant parce que ses peintures étaient des poèmes, parce qu'elles vous bousculaient le coeur, parce qu'il restait debout, parce qu'il était seul."

Petite précision sur l'illustration qui sert de couverture au livre : il s'agit d'une aquarelle de Chagall, intitulée "Le peintre sur la Lune" et elle date de 1917.

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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 10:00

" Ces gens dans leur déguisement vont tous les jours au bureau. Ils marchent dans le même sens, poursuivent un objectif commun, ils parlent la même langue, cohabitent dans la même tour, ils empruntent les mêmes ascenseurs, dejeunent à la même table, ils sont rattachés à la même convention collective, ils ont un emploi, un statut et un coefficient, ils payent des cotisations sociales, ils cumulent des jours de congés et de RTT qu'ils ecoulent l'année suivante, ils perçoivent une indemnité de transport et déclarent leur net imposable à la fin de l'année. Ils travaillent. Ici, répartis sur dix étages, ils sont trois cents. Ailleurs, ils sont des millions. Ces gens dans leur déguisement ne la reconnaissent plus, ils fument leur cigarette sans même la voir. D'ailleurs, ils jettent leur mégot par terre et rentrent dans l'immeuble."

Pour lire notre critique du livre dans un précédent article :
http://librairieduparc.over-blog.com/article-35635335.html

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 11:47

En ce moment, je suis plongée dans le dernier Philip Roth, Exit le fantôme (Gallimard).
Je vous en livre un extrait : Son héros Zuckerman, après une retraite de plusieurs année à la campagne dans le Massachussets, redécouvre la ville de New York...

"Qu'est-ce qui m'étonna le plus pendant ces premiers jours passés à arpenter la ville ? La chose la plus évidente : les téléphones portables. (...)Je me rappelais un New York où les seules personnes qu'on voyait remonter Broadway en se parlant toutes seules étaient les fous. Qu'est-ce qui s'était passé depuis dix ans pour qu'il y ait soudain tant à dire - à dire de si urgent que ça ne pouvait pas attendre ? (...) Moi qui pouvait souvent passer plusieurs jours de suite sans parler à personne, je ne pouvais que me demander de quel ordre était ce qui s'était effondré, qui jusque-là tenait fermement les gens, pour qu'ils préfèrent être au téléphone en permanence plutôt que de se promener à l'abri de toute surveillance, seuls un moment, à absorber les rues par tous leurs sens et à penser aux millions de choses que vous inspirent les activités d'une ville. Pour moi, cela donnait aux rues une allure comique, et aux gens une allure ridicule. Mais cela avait aussi quelque chose de tragique. Eradiquer l'expérience de la séparation ne pouvait manquer d'avoir un effet dramatique. (...)Que l'immense sentiment de solitude des êtres humains produise ce désir lancinant, inépuisable, de se faire entendre, en se moquant complètement que les autres puissent surpendre vos conversations (...), tout cela me frappait par son côté étalage au grand jour."

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