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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:00

solidarites mysterieusesClaire Methuen retourne en Bretagne, dans la région de son enfance, plus précisément à La Clarté, entre Saint Malo et Saint Lunaire.

Elle y retrouve Madame Ladon, son ancienne professeur de piano, avec qui elle (re)noue rapidement une profonde amitié. Et surtout elle retrouve son amour de jeunesse, Simon, devenu pharmacien et père de famille.

 

Voilà le point de départ de ce roman, Les solidarités mystérieuses J'ai d'abord pensé que ce titre s'appliquait à la relation passionnelle que Claire entretient avec Simon. Dès son retour, ils vont entamer une liaison sans vraiment se cacher. Mais il s'agit aussi de l'amitié entre Claire et madame Ladon, une amitié tellement forte que la vieille dame fera de Claire sa fille adoptive.  Et puis il y a aussi le lien entre Claire et un troisième personnage qui peu à peu prend de l'importance dans le roman : Paul, le frère de Claire. Ces deux-là n'ont pas eu une enfance facile : leurs parents sont morts jeunes, assez tragiquement, et ils ont été élevés par le frère de leur père. Mais Claire et Paul ont vécu ensemble très peu souvent, hormis pendant les vacances en Bretagne, car Paul vivait en pension le reste de l'année. On pourrait alors croire qu'ils ne sont pas très liés mais le roman va révéler tout le contraire.

 

C'est le premier roman de Pascal Quignard que je lis et j'avoue que j'ai refermé ce livre avec une impression assez indéfinissable.

Non pas qu'il m'ait déplu, bien au contraire puisqu'il a réussi à me faire suivre Claire, cette femme un peu étrange, qui se dévoile peu à peu à travers le portrait de ceux qui la côtoient.

Peut-être est-ce l'atmosphère du roman : j'ai eu l'impression que les lieux avaient une place très importante dans ce récit, et que l'histoire n'aurait pas pu se passer ailleurs. Je ne connais pas les liens de Pascal Quignard avec la Bretagne (le port de La Clarté est une pure fiction), mais il a réussi à retranscrire parfaitement l'ambiance de cette région (et je ne parle pas du son de la bombarde et du parfum des embruns !). C'est peut-être ça finalement : ce roman réussit à instiller comme une mélancolie, si propre à la Bretagne...

Et l'air de rien, par petites touches légères, l'auteur a ce talent pour décrire des sentiments très forts : la passion amoureuse (entre Claire et Simon), l'amitié profonde (entre Claire et madame Ladon) et quelque chose entre les deux, qui semble assez rare et précieux : la relation particulière entre un frère et une soeur.

 

"Rien de ce que l'un ou l'autre pouvait faire n'était capable d'altérer l'affection qu'ils se portaient. Rien de ce qu'ils avaient pu connaître au cours de leurs métiers, mariages, démissions, divorces, ni le frère ni la soeur ne voulaient l'examiner. Et surtout, en aucun cas ils n'auraient voulu le juger. Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé ainsi. Bien sûr ils avaient partagé des scènes cruelles, partagé des deuils, quand ils étaient enfants, ils avaient pleuré l'un à côté de l'autre, mais jamais un pacte n'avait été prémédité et conclu entre elle et lui. Même, au début de leurs vies d'adultes, ils étaient devenus à peu près indifférents l'un à l'autre, et, peut-être même, un peu hostiles en raison des choix différents qu'ils avaient faits en regard de leur enfance. Cependant une complicité s'était découverte au fil des années. Elle s'était accrue. C'était même une fidélité qui s'était imposée à eux et qui, au fur et à mesure que le temps s'écoulait, avait pour particularité de déjouer toute complication d'amour-propre, de suspendre toute critique, de ne susciter jamais la moindre irritation l'un envers l'autre.

De l'autre, ils acceptaient tout, même ce qu'ils ne comprenaient pas.

Ils ne se souciaient pas de chercher des motifs. S'épauler leur suffisait. Même, ils admettaient plus spontanément les caprices de l'autre que leurs propres lubies." (pages 185-186). 



-> Les solidarités mystérieuses, Pascal Quignard, Gallimard, 18.50€.

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Published by Valérie Simonnot - dans Littérature
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