Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 11:00

bienvenue a oaklandBeaucoup de choses peuvent venir à l'esprit pour qualifier ce texte et son auteur : mystique, prolo intello, Henry Miller, Bukowski, misanthropie, folie géniale...  

T-Bird Murphy vit dans un box de voiture, dans le Missouri mais il vient d' Oakland, en Californie (ville natale de Jack London !).

On ne sait pas pourquoi il vit dans cet endroit mais il écrit ce livre dont nous lisons les lignes, un texte qui raconte sa vie à Oakland, un texte noir à souhait. Il n'y a pas d'intrigues mais plusieurs histoires entremêlées, différents personnages, qui surviennent dans le texte au gré des souvenirs du narrateur.

T-Bird raconte son Amérique, une autre Amérique, celles des reclus, des crados que la société rejette en bloc : noirs, latinos, petits blancs sans argent, qui vivent aux frontières de la ville, près de la décharge.

Mais l'auteur revendique cette exclusion et cette pauvreté comme moyens de rebellion, comme instruments de liberté face au système.

Bienvenue à Oakland est un texte qui ne laisse pas indifférent de par sa violence, sa colère et sa musicalité : soit on déteste, soit on adore.

 

"Je pourrais te raconter toutes sortes de conneries de ce genre, continuer pendant trois ou quatre pages, faire mon lyrique ou mon branleur de service pour te prouver que j'écris vraiment bien sur la musique, vu qu'avant d'écrire des bouquins j'étais musicien, et pas un mauvais, en plus, quand je m'y mettais ; d'ailleurs, parce que j'ai été musicien - je ne pouvais pas jouer avec les grands big  bands syndiqués, ni avec les négros dans les clubs de jazz, mais c'est pas grave, parce que la musique, je la capte, je sais ce qu'elle veut dire et ce que donne la combinaison de mon expérience dans le domaine de ma détermination à écrire sur mon peuple d'Oakland et sur mon quartier -, bref, parce que j'ai été musicien, j'ai fini par tomber sur quelques astuces, quelques petits schémas bien pratiques quand j'écris, des schémas sonores et certaines façons de faire coïncider le rythme des mots avec la cadence du son. Je te raconte pas d'histoires, je pense vraiment à l'octave du mot au moment où tu l'entends, où tu l'as en tête quand t'es en train de lire, et si tu reviens un peu en arrière, ou si tu lis mon autre bouquin en prêtant l'oreille au ton de chaque mot, tu reconnaîtras des passages du Requiem de Mozart, de Kind of Blue de Miles Davis, ou de Suzie Q de Creedence. "

  

-> Bienvenue à Oakland, E.M Williamson, Fayard, 22€.

Par Valérie Simonnot - Publié dans : Littérature - Communauté : Livres
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 11:00

En regardant la sélection officielle du prochain festival d'Angoulême (du 26 au 29 janvier), j'étais d'abord ravie d'y voir quelques-uns de nos coups de coeur : Polina de Bastien Vivès, Coucous Bouzon d'Anouk Ricard, Les Amateurs de Brecht Evens ainsi que Les Ignorants d'Étienne Davodeau. Et j'en ai aussi profité pour lire d'autres albums que je n'avais pas encore lus.   

bride stories T1J'ai donc débuté la série en manga Bride Stories, une série pour adulte (et adolescents) en cours qui compte pour l'instant trois volumes.

L'auteur, Kaoru Mori, est passionnée par les cultures d'Asie Centrale. Son manga se passe donc en Asie Centrale, au milieu d'une tribu nomade, au XIXème siécle. La jeune Amir, âgée de vingt ans, est envoyée chez un clan voisin pour se marier avec un des fils de la tribu, Karluk, qui n'a que douze ans. Mais le clan d'Amir va finalement vouloir la récupérer afin de la marier avec un membre d'un clan plus riche... Et c'est le début des problèmes !

Pour l'instant, je n'ai lu que le premier volume de la série qui voit l'arrivée d'Amir et son installation dans sa nouvelle famille. En plus d'être belle, Amir est une chasseuse émérite qui n'a pas froid aux yeux. Ce qui est très curieux et touchant à la fois, c'est de voir à quel point Amir prend son rôle d'épouse au sérieux, et combien elle aime son mari, pourtant à peine adulte. Mais autre temps, autre culture, autres moeurs !

Cette série s'annonce bien, vivement la suite.

 

fables nautiquesAmateurs ou amatrices de fantastique bizarroïde, l'album Fables Nautiques est pour vous !

Au départ, une vieille dame se lamente dans un cimetière pour chiens, sur lequel va être construit...une picine. On se retrouve ensuite dans cette fameuse piscine, où un maître nageur poursuit cette même vieille dame qui s'amuse à jeter des carottes dans les bassins... Mais on comprend vite aussi que personne ne sort jamais de cette piscine... Ambiance à la quatrième dimension garantie !

 

une vie sans barjot"J'avais dit à mes vieux que c'était ma dernière nuit, qu'ensuite je ne serais plus là, que je ne verrais plus mes copains, qu'il fallait que j'en profite. Ma mère a râlé un peu, pour le principe. J'avais pas l'intention de passer la nuit dans ce bar minable, mais j'avais pas l'intention non plus de rentrer chez moi avant le matin. Merde, une dernière nuit ! Il fallait marquer l'événement."

J'ai lu avec beaucoup de tendresse l'album Une vie sans Barjot.

Le héros de cette histoire passe sa dernière nuit chez lui : demain, il part à Paris, où il va poursuivre ses études. Rendez-vous donc au bar Le bateau Ivre, où il espère aussi revoir une dernière fois Noémie, la jeune fille dont il est secrètement amoureux...

Pendant une nuit entière, jalonnée d'alcools et de quelques joints, il va déambuler dans la ville, une partie avec son ami Barjot, jusqu'à l'aube naissante où tous les espoirs sont permis (si, si !)... J'avoue ne pas être tombée en amour avec le dessin mais cette histoire de jeunes adolescents, en passe de devenir adultes, m'a beaucoup touchée, et elle fait forcément penser à sa propre jeunesse.

 

-> Bride Stories, série de Kaoru Mori, éditions Ki-oon, 7.50€ le volume.

-> Fables Nautiques de Marine Blandin, Delcourt collection Shampooing, 14.30€.

-> Une vie sans Barjot, texte d'Appollo et dessins d'Oiry, Futuropolis, 16€.  

Par Valérie Simonnot - Publié dans : Bande dessinée - Communauté : Livres
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 11:00

lesmillesautomnesUn grand bonheur de lecture en perspective !

D'abord, un petit résumé historique avant de vous parler de ce roman. Nous sommes en 1799 au Japon, sur l'île de Dejima, dans la presqu'île de Nagasaki. Le pays s'est totalement fermé aux étrangers, de peur d'une invasion.

Seule Dejima constituait le point de contact entre le Japon et le reste du monde : des marchands néerlandais, sous l'égide de la fameuse Compagnie Néerlandaise des Indes orientales ont été autorisés à s'y installer pour y faire commerce. Mais il leur était strictement interdit de quitter l'île pour pénétrer dans le pays. Les armes et les livres religieux y étaient aussi totalement proscrits.

Le héros de cette histoire, Jacob de Zoet, est un jeune clerc chargé par le nouveau chef de la colonie néerlandaise de traquer la corruption au sein de la compagnie. Le jeune homme va tomber éperdument amoureux d'une jeune japonaise, sage-femme de son état, Orito Aibagawa. Malheureusement, cette dernière va être enlevée par le Seigneur-Abbé Enamoto, à la tête d'une étrange secte...

Le roman de David Mitchell est loin d'être un simple roman d'aventures car il s'éloigne quelque peu des codes de ce  dernier : l'histoire entre Jacob et Orito n'est pas du tout une histoire d'amour classique puisqu'elle n'est pas réciproque, et ce roman foisonne de personnages et d'histoires annexes. Mais il y a aussi beaucoup de scènes drôles, grotesques, parfois assez sanguinolentes (comme le récit de l'accouchement qui débute le livre)... Et les amateurs de récits historiques sur le Japon en seront pour leurs frais, car David Mitchell retranscrit parfaitemen cette époque, charnière pour ce pays, qui va bientôt rentrer dans la modernité. En bref, vous allez lire 700 pages que vous ne pourrez pas lâcher !

 

-> Les mille automnes de Jacob de Zoet, David Mitchell, éditions de L'Olivier, 24€.

-> Lire un extrait

  

Par Valérie Simonnot - Publié dans : Littérature - Communauté : Livres
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 11:00

salon bertozziDans Le Salon, Nick Bertozzi nous entraîne dans Paris en 1907.

Des peintres sont assassinés de manière assez violente. Gertrude et Léo Stein commencent à craindre pour leur vie étant donné que leur salon est le lieu de rencontre des peintres qui feront la scène artistique de demain. Braque, Picasso, mais aussi Satie et Apollinaire se retrouvent chez eux à l'occasion de fêtes orgiaques, où l'absinthe coule à flot. Ils décident alors de mener l'enquête, qui va s'avérer être très dangereuse et aux limites du fantastique...

En plus de cette intrigue policière, le lecteur est aussi le témoin des disputes de la famille Stein, et aussi des expériences de Braque et de Picasso, tous les deux sur le point d'inventer le cubisme.

Une mention spéciale pour ces deux derniers personnages, qui m'ont particulièrement plus : Picasso, représenté très souvent nu, est un gros buveur - et aussi un sacré queutard ! -, au caractère extrêmement exubérant, à l'accent hispanique très prononcé tandis que Braque reste toujours très sérieux et droit dans ses bottes. Mais ces deux-là s'entendent comme larrons en foire.

L'intrigue fantastique est aussi renforcée par un choix original de l'auteur pour les couleurs : chaque chapitre est traité en bichromie.

Le Salon est une bande dessinée qui vous fera découvrir ou redécouvrir une période en pleine effervescence artistique, et c'est d'autant plus utile si vous n'avez pas eu le temps d'aller voir l'exposition au Grand Palais, L'aventure des Stein.

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salon-Extrait--1  -> Le Salon, Nick Bertozzi, éditions Cambourakis, 22€, à paraître courant janvier.

Par Les libraires du Parc - Publié dans : Bande dessinée
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 11:00

meilleure facon de s'aimerJ'ai lu La meilleure façon de s'aimer pendant un long voyage en voiture, et j'avoue qu'Akli Tadjer a réussi à me faire venir les larmes aux yeux...

La meilleure façon de s'aimer est une histoire d'amour entre une mère et son fils. Fatima est à l'hôpital suite à un AVC. Son fils Saïd a le temps de venir lui rendre visite car il vient tout juste de perdre son travail.  Il a été remercié par la société d'assurances qui l'employait. Autant dire qu'il a un peu perdu de sa superbe habituelle... Entre sa mère malade, son chômage, et ses amours compliquées, il a de quoi être un peu déprimé. Et même s'il adore sa mère, il y a beaucoup de non-dits entre eux...  Car Fatima n'a jamais parlé de son enfance en Algérie, ni des événements qui l'ont poussée à venir en France. Chacun leur tour ils parlent et se confient. Fatima se replonge dans ses souvenirs, où un personnage apparaît souvent : La petite fille en robe jaune. Mais qui est-elle ? C'est la clef des souvenirs de Fatima et de la souffrance qu'elle a toujours cachée à son mari, aujourd'hui disparu, et à son fils.

Pas de pathos dans cette histoire, pourtant il y avait de quoi, mais Akli Tadjer réussit à donner à son texte une certaine légèreté et à nous montrer qu'ainsi va la vie...

 

"Nous avons continué notre visite dans le magasin quand la vendeuse, toujours sur nos pas, nous a présenté une robe qu'elle avait décrochée d'un présentoir. C'était une robe jaune citron garnie de smocks. Elle l'a ajustée sur les épaules de la petite fille et, des trémolos dans la voix, a bonimenté :

- La taille, les manches, le tombé au-dessus du genou : tout est parfait. Pour un peu, on croirait qu'elle a été faite pour elle.

Moi, je trouvais que le jaune citron ne lui allait pas. Ça écrasait sa silhouette, quant à son teint d'épice, ses cheveux et ses yeux du même noir, ils perdaient de leur éclat. La vendeuse a entraîné La petite fille vers une cabine d'essayage. Pendant qu'elle se changeait, elle m'a dit sur le ton de la confidence qu'elle me ferait une ristourne sur la poupée à condition que je lui achète la robe jaune. J'ai fait non merci parce que ce jaune citron, vraiment je n'aimais pas du tout. La petite fille, elle, se voyait très belle dans sa robe jaune. Elle virevoltait la poupée enlacée dans ses bras et répétait à l'envi que le jaune était sa couleur préférée. Dans un dernier geste commercial, la vendeuse a consenti à m'offrir la poupée pourvu que je la débarrasse de sa robe jaune. La petite fille qui ne se lassait pas de s'admirer criait : "N'est-ce pas qu'avec ma poupée je suis la plus jolie des petites filles en robe jaune ?"

Quand nous sommes sorties des Galeries algériennes, La petite fille ressemblait à un grand soleil et, toute à sa poupée, elle m'avait oublié." (extrait p. 119-120)

 

-> La meilleure façon de s'aimer, Akli Tadjer, éditions JC Lattès, 17.75€.

-> Site de l'éditeur (avec un entretien de l'auteur).

Par Les libraires du Parc - Publié dans : Littérature
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