Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 11:00

les fiancées d'OdessaDaria est ukrainienne et vit à Odessa. Elle aime profondément sa ville, et elle est extrêmement fière de son passé. Mais elle galère comme beaucoup d'autres, dans un système où la corruption fait la loi. Elle travaille pourtant dans une importante entreprise d'import-export, car elle maîtrise parfaitement l'anglais, qui est une de ses passions. Elle gagne très bien sa vie mais son travail est devenu très vite un enfer car son patron ne cesse de la poursuivre de ses assiduités.

Craignant d'être licenciée, elle trouve un deuxième poste : celui de traductrice dans une agence de rencontres. Car s'il y a bien un marché lucratif à Odessa, c'est celui des agences matrimoniales qui se chargent de trouver de riches Américains ou Européens à des Ukrainiennes aux abois. Daria finira elle aussi par se laisser avoir par le fameux rêve amériain, qui s'avérera être un véritable enfer pour elle.

J'ai lu avec énormément de plaisir ce roman : Daria est un personnage qui nous touche dès les premières lignes du roman, on la suit dans ses déboires et on espère qu'elle s'en sortira. C'est aussi un portrait de l'Europe de l'Est, pas très glorieux certes, mais l'auteur tente de prouver que le rêve occidental n'est pas si rose non plus, surtout pour ces jeunes femmes qui se retrouvent souvent esclaves d'homme qui ne voient en elle que des objets et qui profitent de leur situation précaire pour les tenir prisonnières. Mais rassurez-vous, Daria est une coriace !

 

-> La fiancée d'Odessa, Janet Skelien Charles, Éditions Liana Levi, 22.50€, à paraître le 2 février 2012.

Par Valérie Simonnot - Publié dans : Littérature
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 11:00

à défaut d'AmériqueDeux narratrices, Suzan et Fleur, prennent tour à tour la parole pour parler d'une troisième femme, Adèle.

Adèle est la grand-mère de Fleur et elle vient de mourir. Suzan, dont son père a été amoureux d'Adèle, assiste de loin aux funérailles.

Le portrait d'Adèle, d'origine polonaise, et dont les parents se sont installés à Paris un peu avant la guerre, se dessine à travers les souvenirs des deux femmes, et à travers l'Histoire et les souffrances qu'elle engrange en filigrane.

Autant Fleur s'efface devant le souvenir de sa grand-mère, autant Suzan se rebelle devant Adèle, à qui elle ne pardonne pas d'avoir "ensorcelé" son Américain de père, qui a rencontré Adèle et son mari à la fin de la guerre, après le Débarquement. Toute sa vie, il avait gardé un souvenir très fort de la belle polonaise, qu'il retrouvera plusieurs années après leur première rencontre.

À travers Adèle, Susan repense à sa propre mère, se redécouvre elle-même et décide de reprendre sa vie en main.

À défaut d'Amérique est un livre ultra féminin, rempli de fantômes et empreint de beaucoup d'humanité : à découvrir !

 

"Cette Suzan-là, celle d'autrefois, nourrissait l'idée romantique de son métier d'avocat. Et ses études en France à une époque où l'université cultivait la contestation, loin de contrarier cette vision, , l'avaient teintée d'un gauchisme assez lourd à porter et dissonant  dans son milieu et son pays. C'était aussi la voix d'une Suzan au corps libre et fier, jamais rassasiée des amants français si bavards, si merveilleusement habités et comme anoblis par leurs opinions sur tout. De retour à New-York, elle avait fréquenté les associations les plus diverses et défendu avec elles mille causes en tentant d'épancher son besoin d'implication, sa nostalgie des amours militantes et débridées. (...) Dans le même ordre d'idées, elle n'avait plus accepté de bénéficier de la fortune familiale pourtant honnêtement amassée, se sentant plus fidèle à ses idéaux, plus vibrante surtout, dans la nécessité de gagner son pain seule. Alors qu'elle commençait à être à court de combats, lasse peut-être car le monde en offrait une réserve infinie, elle avait revu par hasard son chéri du lycée : le parfait spécimen du mâle américain sain et pragmatique, de tout temps promis à Suzan par l'ambition de sa propre famille. Elle l'avait épousé en évitant de se demander pourquoi elle se rendait, avait remisé ses passions en s'en croyant guérie.

Trente ans et un divorce plus tard (le beau parti et Suzan ne s'étaient entendu en rien, avaient espéré en vain l'enfant qui aurait validé leur union, avaient vite admis et, pour une fois, dans un bel accord, s'être fourvoyés), elle n'attendait plus de son job qu'argent et victoires, se shootaient à l'efficacité tandis que la voix retranchée dans une part sauve de son exaltation continuait de s'égosiller."

(extrait pages 38-39)

 

-> À défaut d'Amérique, Carole Zalberg, Actes Sud, 18.50€, à paraître en février 2012.

Par Valérie Simonnot - Publié dans : Littérature
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 11:43

medea

 

Du 7 au 19 février se tient le spectacle Medea au Théâtre Paris Villette.

Medea, c'est  d'abord un beau texte de Pascal Quignard, lu par lui-même, centré sur le personnage mythologique de Médée.

C'est une musique, minérale, signée Alain Mahé.

Et c'est de la danse buto, chorégraphiée par une de ses représentantes les plus emblématiques, Carlotta Ikeda, d'une présence hors du commun.

Alors, allez vite découvrir l'expérience Medea : vous ne serez pas déçus ! 

 

-> Medea, Pascal Quignard, éditions Ritournelles, 6€.

Le texte est en vente à la librairie ainsi qu'au café du Théâtre Paris-Villette.

Une rencontre aura lieu à l'issue du spectacle le mercredi 15 février. 

Par Les libraires du Parc - Publié dans : Rendez Vous
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 11:00

la page blancheUne jeune fille se retrouve assise sur un banc en plein Paris et elle ne se souvient de rien... Le trou noir complet  !

En fouillant dans son sac à main, elle trouve ses papiers - elle s'appelle Héloïse Pinson -, et les clefs de son appartement, dans lequel elle parvient à se réfugier, le temps de se souvenir de quelque chose... Mais rien de vient !

Elle décide de retourner à son travail  : elle a découvert qu'elle était...libraire chez une grande enseigne  devenue Librairie Grambert.

J'avoue que je me suis bien poilée car cela m'a rappelé des souvenirs, surtout devant l'échantillon de la clientèle : "Vous avez le dernier Lévy ?", "Vous savez s'ils l'ont à la Fnac ?", "Je cherche un livre pour quelqu'un qui aime les animaux " (j'avais eu droit à la même ou presque : c'était pour un fan de Berger Allemand !), "Le Rouge et le Noir, c'est obligé d'acheter les deux ?".

Mais retournons à cette pauvre Héloïse : elle décide de mener l'enquête pour découvrir qui elle est réellement mais la tâche va s'avérer asser difficile car la jeune femme menait une vie très normale...

Beaucoup d'humour dans cette bande dessinée même si la morale de l'histoire est assez déprimante ou pleine d'espoir, cela dépend comment on la prend...

  

-> La page blanche, Boulet au texte & Pénélope Bagieu au dessin, éditions Delcourt, 22.95€.

 

Par Valérie Simonnot - Publié dans : Bande dessinée
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Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 11:00

de bons voisins"Elle observe la cour. Celle-ci doit faire un peu moins de dix mètres de large et environ quinze mètres de profondeur, elle est toute en béton à l'exception d'un massif de fleurs rond au milieu et de quelques parterres en forme de demi-cercle sur les côtés, au pied de quatre immeubles qui composent la résidence. Il y a quatre bancs autour du grand massif central. Les immeubles font quatre étages. Kat n'a aucune idée du nombre d'appartements dans la résidence, mais elle sait qu'environ la moitié donnent sur la cour, et actuellement  plusieurs fenêtres sont illuminées. C'est la première fois qu'elle voit autant d'appartements illuminés en rentrant du boulot. Il doit y avoir une douzaine de salons éclairés. Il doit y avoir plus de trente personnes derrière leurs fenêtres, éclairées ou non. Elle aperçoit leurs visages penchés vers elle. Elle distingue le  blanc des yeux de certains d'entre eux."Au secours, appelle-t-elle. Je vous en prie - quelqu'un." (extrait page 90)

Ryan David Jahn s'est inspiré du même fait divers pour son livre que Didier Decoin pour Est-ce ainsi que les femmes meurent ? publié il y a peu : l'assassinat de Kitty Genovese en 1964 à New-York.

Tout comme elle, Katrina Marino rentre très tard chez elle. Un homme l'attend près de son appartement et va la poignarder de plusieurs coups de couteau. Elle hurle, plusieurs voisins l'entendent, se manifestent mais personne n'appelle la police, convaincu que quelqu'un l'a sûrement déjà fait...

Dans son roman, l'auteur nous décrit toute cette nuit : l'agonie de Kat, qui jusqu'au petit matin se bat contre la mort, et les réaction des témoins, en nous racontant leur propre histoire : Peter et Anne qui tentent leur première expérience échangiste ; Frank Riva et sa femme Erin, qui est persuadée d'avoir renversé un bébé avec sa voiture ; la dérive d'un policier corrompu ; Patrick qui doit aller à une visite médicale qui l'enverra sûrement au Vietnam...

Il n'y a pas de jugement sur ces personnes, témoins d'un drame et aussi témoins de leur propre drame personnel. L'auteur mêle avec beaucoup d'habileté ces différents destins, en poussant à l'extrême la tension dramatique, et jouant ainsi efficacement avec nos nerfs...

Au final, à l'aube, certains retourneront à leur routine, tandis que d'autres se rendront compte à quel point ils auraient pu changer la tournure de ce drame, si seulement... 

-> De bons voisins, Ryan David Jahn, Actes Sud, collection Actes Noirs, 21€.

Par Les libraires du Parc - Publié dans : Policiers, Science Fiction - Communauté : Livres
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