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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 09:55

American DesperadoImaginez la scène : vous avez 7 ans, vous êtes en voiture avec votre père. Vous arrivez à un pont trop étroit pour que deux véhicules puissent passer en même temps. Une voiture est devant vous et bloque le passage. Plusieurs options : votre père patiente, votre père s'impatiente et joue du klaxon, ou bien il sort du véhicule et va parler au conducteur de devant... Ça, c'est ce que les gens "normaux" feraient. Mais chez les Riccobono, les choses se passent autrement. Donc Nat Riccobono - le père de Jon Roberts - sort du véhicule, va rejoindre le conducteur incriminé, lui fait baisser sa vitre, le descend d'une balle, prend le volant de la voiture et dégage le passage. Tout simplement.

Alors évidemment, tout le monde ne naît pas au sein d'une des plus célèbres familles de la mafia new-yorkaise. Et tout le monde ne grandit pas avec cette devise : "Le mal est plus fort que le bien - en cas de doute, choisis le camp du mal". Il y avait fort à parier que Jon Roberts ne devienne pas un enfant de choeur.

Rarement on aura cotoyé la mafia et ses us d'aussi près que dans ce livre de mémoires compilés par le journaliste et écrivain Evan Wright. Jon Roberts nous dit tout : les meurtres, les traques, les excès en tous genres, le Viet Nam (seul épisode de sa vie où il reste un peu flou, ce qui laisse présager bien des horreurs), le trafic de drogue, les orgies, les corruptions diverses, et même la collaboration avec la justice.

Tout au long des 700 pages du livre, on est fasciné par ce destin hors norme et cette absence totale d'inhibition face à la violence. Une fascination que Jon Roberts exerce sur toute la société américaine : aujourd'hui qu'il mène une vie de retraité tranquille (ou presque...) avec sa femme et son jeune fils, il reçoit la visite d'acteurs ou de rappeurs qui effectuent ainsi un étrange pélerinage. Et lorsqu'il se rend à un match de basket, il n'est pas rare de voir son visage s'afficher sur les écrans géants comme n'importe quel star repérée dans la foule. Une lecture hallucinante à l'issue de laquelle on se dit qu'on n'aurait pas aimé croiser la route de ce personnage !

-> American desperado, Jon Roberts et Evan Wright, traduit par Patricia Carrera, Le livre de poche, 9,10€.

-> Le site de l'éditeur.

Un extrait sur la curieuse transmission de l'amour (ou de l'absence d'amour) dans les familles mafieuses :

Le fils d'un made man le devient généralement lui-même, mais lorsque mon père a été expulsé son pouvoir s'est évaporé - et moi qui avais été un prince de la Mafia, je n'étais plus qu'un bâtard. Dès le départ de mon père, ma mère s'est retournée contre moi. Après m'avoir ignoré pendant des années, elle me harcelait désormais :
- Si tu ne veux pas devenir comme ton père, va à l'école.
Quand il m'arrivait de lui répondre, elle disait :
-Tu es comme ton père. aussi mauvais que lui !
Aujourd'hui je comprends qu'elle essayait de me corriger, mais c'était trop tard : j'étais déjà comme mon père, je le sentais en moi. Je suis sûr que je lui rappelais l'erreur qu'elle avait commise en épousant cet homme.
Quelques mois après l'expulsion de mon père, elle me mettait dans un avion pour Palerme. En 1960, un tel voyage n'avait rien de banal. A douze ans, j'ai fait le voyage seul. J'étais censé rejoindre mon père afin qu'il m'élève et que je ne pose plus de problèmes à ma mère.
En Sicile, j'ai eu l'impression d'avoir été transporté à l'âge de pierre. Pas de basket, pas de base-ball, pas de télé. Mes feuilletons préférés, Remous et Bonanza, me manquaient. Mon père me trimballait ici et là et rien n'avait de sens pour moi. Je ne parlais pas un mot de la langue et ne voyais pas d'enfants de mon âge, juste de vieux mafiosi qui jouaient aux dominos en sirotant du café. J'ai détesté l'Italie ! Mon père a fini par avoir pitié de moi et me renvoyer aux Etats-Unis au bout de quelques semaines. Je ne devais plus jamais entendre parler de lui.
Je ne l'ai jamais aimé comme on aime normalement un père. Je le respectais parce que je le craignais, mais je ne ressentais aucun amour de sa part. Je ne pense pas qu'il était capable d'aimer. Ce qui me fait dire ça, c'est que je suis devenu comme lui en grandissant : je n'aimais personne.

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Published by Vincent Defernez
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